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Reste encore un peu avec moi !

Un ancien poète arabe de la période préislamique vécut 164 ans. A la fin de sa vie, il écrivit un poème où il se plaignit de cette longue vie et raconta comment, après toutes ces années de prestige, d’héroïsme et d’aventures, il en était réduit à l’état d’un meuble inerte qu’on abandonne au fond de la maison ; s’il parle, on ne l’écoute pas et s’il ne parle pas, personne ne cherche à lui parler !

Il faut savoir que ce sentiment qu’il a manifesté est commun à toutes les vielles personnes.

On leur donne à manger, on s’occupe de leur hygiène, de leurs médicaments… mais on ne leur parle pas, s’ils parlent on ne les écoute pas et s’ils se taisent, on est presque soulagé !

Quelle honte !

Je dis ceci pour moi, avant de le dire pour les autres. Combien de fois, entre jeunes on s’échauffe dans une discussion, des fois très futile, et lorsque la vielle personne qui est assise à côté de nous ; père, mère, tante, grand-père…, esquisse une parole ou s’interroge sur un point, on a vite fait de la faire taire.

Tu trouveras alors les vieilles personnes, soit isolées physiquement, dans leurs maisons, dans des centres. Soit tu les trouveras isolés moralement, en ne parlant que très peu, et s’ils parlent, ils essaient toujours de dire ce qui plaît à leurs jeunes compagnons, parfois très durs.

Je ne sais pas pourquoi, mais j’éprouve, quant à moi, une tendresse envers les vielles personnes identique à celle que j’éprouve envers mes enfants, si ce n’est plus grande. Ils ont en commun une qualité : la faiblesse,  le besoin d’être assisté. Seulement les vielles personnes ont une chose en plus que les enfants : ils ressentent l’humiliation et comprennent tout ce qui les entoure.

C’est pour cela qu’il faut les traiter avec beaucoup plus de soin que les enfants et ménager leurs sentiments, car ils voient, entendent et comprennent.

Aussi, sache que la vieille personne que tu as en face de toi et qui ne tardera pas à te quitter, à ton désavantage bien sûr, représente ce que tu seras dans quelques années.

Jeune fille, tu seras dans quelques années, assise à la place de ta grand-mère !

Jeune homme, tu seras dans quelques années, assis à la place de ton grand-père !

Préparons donc, dès maintenant, la place que l’on occupera dans quelques années et faisons qu’elle soit la plus confortable et la plus chaleureuse possible. Car la seule devise d’Allah est : Comme tu récompenses les gens, tu seras récompensé.

Or, ce qu’il faut faire c’est de respecter ces vielles personnes – que les Canadiens appellent très justement « les aînés » – et les placer au centre du salon. Puis, il faut discuter avec eux, être patients, être attentifs et faire que leur parole soit celle qui prime, pas la nôtre.

Là, je vous promets que vous allez découvrir quelque chose de très surprenant. Ce que dira cet aîné sera mille fois plus intéressant que ce que vous dites. En plus, toutes les choses qui nous paraissant nouvelles et fantastiques sont connues et depuis très longtemps pas nos aînés.

Bref, cette vieille personne qui est assise en face de toi est un trésor qu’Allah t’a accordé sans que tu fournisses le moindre effort. Et lorsque tu ouvriras le coffret de ce trésor, tu découvriras des choses que tu cherchais ailleurs, des choses que tu n’espérais même pas obtenir ainsi que d’autres merveilles.

Et si l’on te demandait, alors, quel vœu tu souhaiterais que l’on exauce. Tu dirais, sincèrement :

« Donner des années de ma vie à cette vieille personne, afin qu’elle reste encore un peu avec moi. »

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